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Aller de l’avant

Si la malentendance peut en freiner certains, d’autres sont littéralement poussés vers les sommets, comme lors de la Patrouille des Glaciers.

Neige de qualité, températures clémentes, soleil, des conditions idéales pour participer à la Patrouille des Glaciers. Solène Perruchoud a franchi la ligne d’arrivée le mois dernier de la petite Patrouille, un pari gagné et une victoire sur son handicap de surdité sévère profonde, diagnostiquée à l’âge de deux ans. Munies de ses deux appareils pas question pour elle que ça ralentisse ses escapades régulières. Décodage.

Petite Patrouille des Glaciers, avril 2018

Après sa scolarité dans le public avec l’aide d’une codeuse LPC et son Master de psychologue FSP en poche, la jeune femme de 28 ans évolue dans la vie comme elle grimpe en montagne. « L’important, c’est de vivre à 200% ».

Si les résultats des tests de cas de rigueur ont confirmé qu’elle a droit au remboursement d’implants, dont le coût est supérieur à ce que dispose l’AI, elle a encore refusé. « Si mon ouïe devait diminuer, j‘y réfléchirais ! ».

Escalade d’Arolla à Verbier
Pour les participants, une telle course se prépare en aval des mois durant. Marches, dénivellations, efforts, étapes de portage et de cordage, descentes à ski exigent une forme olympique. « Cette course, c’était 10 % d’efforts physiques et 90% de mental. Avec mes amies d’enfance, nous avons su nous solidariser, nous épauler, être à l’écoute les unes des autres à tout moment, me permettant d’accomplir un rêve d’ado ».

« Cette course, c’était 10 % d’efforts physiques et 90% de mental »

Passé Noël, courses à pied, ski de randonnées tous les week-ends, sorties nocturnes bihebdomadaires en peau de phoques étaient au programme. « Cette rigueur a constitué notre force ! Mon principal défi était de tenir mon engagement, tant au niveau de l’entraînement physique sur plusieurs mois, qu’au niveau de l’organisation et de sacrifices sur mon temps libre ».

Avec armes et bagages et après 4h30 de marche en pente raide et une fois le col de Tséna Riefen atteint, un premier gros ravitaillement à la Barma leur a permis de souffler. « Mon frère, engagé auprès de l’armée suisse, organisatrice de la course, m’y attendait ; j’ai failli pleurer en le voyant ».

La montée au sommet de la Rosablanche était extrême. « Là, j’ai dû dépasser mes limites, j’avais chaud et étais responsable du portage de la corde de 3 kg ; j’ai fini par compter mes pas ».

L’accueil au second ravitaillement se déroula en tambours et trompettes. La vice-présidente de la fondation forom écoute est accueillie par des proches, dont Bastien du même nom, membre du comité d’organisation Comm’s Jeun’s au sein de la fondation.

« En famille et avec des amis, nous avons décidé d’aller encourager et ravitailler les sportifs », s’enthousiasme-t-il. Après un parcours du combattant à ski et en peau de phoques, nous avons atteint le sommet de la Rosablanche au lever du jour. C’était magnifique. Nous avons attendu Solène, Anyssia et Barbara avec impatience pour les aider et les soutenir. Cette ambiance festive et accueillante leur a permis de poursuivre leur route ».

Anyssia Bovi, Solène Perruchoud et Barbara Pointet au somme de la Rosablanche

Après une descente à ski, la grimpette jusqu’au col de la Chaux attendait les participants, ainsi qu’un ultime kilomètre de marche sur le goudron. « Une fois la Rosablanche franchie, je savais que j’arriverais au bout. J’avais la niaque et ma famille m’attendait. J’ai vécu un arc-en-ciel d’émotions : peur, stress, efforts, excitation, joie, euphorie, intensité, bonheur ».

Un jour avant la course, les coureurs et les organisateurs s’étaient rassemblés pour le contrôle du matériel. Rencontres, partages, nuit pratiquement blanche, ont également constitué un moment fort. La course longue de 26 kilomètres et semée d’émotions a duré un peu moins de huit heures et demie pour Solène et résonnera encore longtemps.  « Sûr que dans deux ans, je revivrai cette expérience ! ».

Escapade à Cuba avant la course

Escapades exotiques
La valaisanne a la bougeotte et rejoint sa meilleure amie à Cuba avant la course, afin de découvrir l’île et tenter d’appréhender quelques mots d’espagnol. Par ailleurs, elle voyage seule en Indonésie en 2016 ; « un souvenir merveilleux ». Globetrotteuse dans l’âme, elle réalise également un trek de trois jours en haute montagne, seule, face à une météo capricieuse. « Il m’était impensable de ne pas arriver au bout, mais je respecte mes limites et s’il y avait eu réel danger, j’aurais eu la conscience de renoncer ».

Elle qui ne quittait jamais ses appareils, les enlève régulièrement depuis deux ans. « Lorsque je pars en promenade, j’ose les laisser à la maison et lorsque je fais des rencontres, j’explique mon handicap et me débrouille avec les moyens du bord. La perte auditive ne doit pas nous empêcher de vivre ! ».

« Walk 2 Talk »

Thérapie Walk 2 Talk menée par Solène

Pour aller de l’avant, marcher et parler sont une bonne thérapie ; un psychothérapeute américain l’a bien compris et a développé l’accompagnement professionnel et l’écoute dans la nature.

Diplômée psychologue FSP, Solène participe au concept « Walk2Talk » lancé en Suisse depuis 2016. « Cette thérapie sort des sentiers battus; les patients suivent une séance de soutien dans un environnement naturel de notre choix ». En solo, en couple, en famille, enfants et adultes font le premier pas en contactant Walk2Talk via internet. Selon les cas de figure et la région, un thérapeute prend contact et propose un accompagnement psychologique en plein air leur permettant de s’ouvrir plus rapidement et d’aller plus vite à l’essentiel. « La nature est mère de ressources. On s’y sent comme dans un espace protégé et avancer côte à côte invite à la spontanéité, à l’échange aussi. C’est moins oppressant que de se retrouver assis en face du thérapeute ».

Toujours en mouvement, la jeune femme qui maîtrise le LPC, projette d’apprendre la Langue des Signes et développer le concept Walk 2 Talk avec de jeunes malentendants, pour les amener au questionnement, à l’acceptation du handicap et d’une aide. « J’ai besoin de défis, de sortir de ma zone de confort dans le cadre privé comme professionnel et je suis bien placée, ayant vécu et vivant la malentendance au quotidien ».

Libre choix aux patients de suivre une ou plusieurs consultations (maximum 15) au vert. www.walk2talk.ch.