La fédération suisse des sourds à une nouvelle présidente

Elue samedi 13 mai par l’assemblée des délégués, âgée de 44 ans, Tatjana Binggeli est la nouvelle président de la Fédération suisse des sourds. Cette mère de deux enfants, collaboratrice scientifique à la Spezialklinik de Bâle est l’une des rares personnes sourdes de Suisse à détenir un doctorat.

Sa carrière est unique en Suisse: Tatjana Binggeli est la seule personne sourde de Suisse à avoir décroché un titre de doctorat en médecine scientifique. Samedi 13 mai 2017, cette femme de 44 ans a été élue présidente par l’assemblée des délégués de la Fédération suisse des sourds (SGB-FSS). Avec le comité directeur, la nouvelle présidente aura à définir l’orientation stratégique de la fédération.

La base de son activité sera le programme stratégique 2016-2020, qui porte principalement sur quatre domaines: langue des signes et culture des sourds, participation sociale, formation et travail. «De nombreux faits comme les annonces exclusivement orales des CFF ou le manque de sous-titres dans certaines émissions de télévision sont les mêmes qu’il y a vingt ans. En tant que présidente de la Fédération suisse des sourds, j’espère arriver à lever enfin ces obstacles», déclare Tatjana Binggeli.

La biographie de Tatjana Binggeli montre qu’elle est capable de susciter le changement. Elle a été confrontée à des préjugés dès sa naissance: «J’ai dû surmonter les discriminations et éliminer les obstacles sur ma route pratiquement tous les jours. Avec le temps, j’ai appris à aplanir la voie».

Lutter contre les barrières…

Grâce à son ambition, à beaucoup d’énergie et au soutien de sa famille, Tatjana Binggeli a aujourd’hui un titre de docteur et un emploi fixe de collaboratrice scientifique à la Spezialklinik de Bâle, elle préside la Fédération suisse des sourds et a deux enfants entendants. Son mari est coach en langue des signes à la télévision suisse alémanique et la famille habite dans le canton d’Argovie.

Mais une carrière comme celle de Tatjana Binggeli est une exception au sein de la communauté des sourds. Les inégalités et la discrimination naissent notamment des difficultés d’accès à la formation et à l’information. La langue des signes est la langue maternelle des sourds, tandis que le français est une langue étrangère. Les différents modes de communication se reflètent dans les résultats de la thèse de doctorat de Tatjana Binggeli. Son enquête a montré que 80% des personnes sourdes et malentendantes sont insatisfaits du secteur de la santé, tandis que 90% des médecins et soignants jugent leur travail auprès des sourds et malentendants bon.

Cette disproportion vient de ce que le personnel médical et paramédical ne s’ouvre pas au mode de communication différent des sourds et, du fait des préjugés, se hâte de ranger la question dans un tiroir. «Je me réjouis de lutter désormais contre ce genre de barrières en tant que présidente de la Fédération suisse des sourds», note Tatjana Binggeli.